mardi 27 mars 2012

Réflexions autour de la VOD en bibliothèques

L’offre VOD (vidéo à la demande) proposée par les bibliothèques ne semble satisfaire ni le public, ni les bibliothécaires. Plusieurs raisons peuvent être invoquées : coût élevé, complexité des modes d’accès pour le public... On peut aussi se demander si ce n’est pas notre façon d’appréhender la VOD qui pose problème ? Doit-on vraiment la questionner uniquement en termes d’offre documentaire ?

Pour ma part, je pense qu'une offre VOD ponctuelle, réitérée et éditorialisée est plus adaptée qu’un simple copier/coller : collection physique = collection numérique.

La VOD peut devenir un formidable outil d’animation de nos communautés d’internautes-usagers en créant l'événement sur nos portails.  


Internet est un territoire en perpétuel mouvement
Tout le monde sait que sur Internet les informations et les services ne sont pas pérennes. L’usager n'a donc pas d'exigence de ce type. Proposer des collections de films qui n’évoluent pas régulièrement est presque un non-sens sur Internet. Cela risque, à terme, de détourner les usagers de cette offre. D'ailleurs un film qui a déjà été vu, a peu de chance d'être revu par la même personne.  

Une offre renouvelée, même limitée, est plus attractive qu’une offre qui n’évolue pas. Cela incite les internautes à vérifier régulièrement si de nouveaux films sont proposés. Inversement, une offre statique à des chances d'être oubliée par les usagers.


L’internaute n’est pas un usager comme les autres

Le comportement des internautes n’est pas le même que celui des usagers, bien qu'il s’agisse des mêmes personnes. Un usager prend le temps de flâner dans les rayonnages. Un internaute est insaisissable, compulsif, implacable… Flâner sur Internet c’est rebondir de sites en sites, de liens en liens

Pour mémoire :
  • 30 à 60 secondes = temps passé en moyenne par page
  • 2 minutes = temps passé sur un site en moyenne
  • 2 = le nombre de pages consultées sur un site
  • 79% = le nombre d’internautes qui lisent en biais (16% mot à mot)
  • 7 secondes = le temps qu’à une page de résultats pour convaincre 

Un défi s'offre à nous : comment capter l’attention de l’usager le temps du visionnage d’un film ? Un service de VOD classique permet à l'internaute de regarder les films ultérieurement, le risque étant qu'il ne le fasse jamais. La méthode AIDA, nous donne une piste pour contrer ce comportement. Si l’on crée une situation d’urgence (nombre d’accès ou durée limités…), des usagers regarderont le film, pour ne pas laisser passer une opportunité.


AIDA, une technique marketing 

La technique AIDA (Attention, Interest, Desire, Action) permet d’améliorer les ventes d’un produit ou d’un service. Elle peut donc tout à fait être appliquée à un service de VOD. 
 
  • Attention : dans un premier temps il est préconisé de travailler l’accroche du service (nouveauté, humour, storytelling, provocation…)
  • Interest : il faut ensuite démontrer la plus value de ce service en éditorialisant l’offre (autour de thématiques, de l’actualité…), en proposant une offre variée qui répond aux attentes des différents publics (grand public, cinéphile, amateur d’un genre, etc)...
  • Desire : puis il faut susciter l’envie de voir le film. Une des méthodes consiste à jouer sur la situation d’urgence : « Plus que 10 jours pour découvrir ce film… », « Soyez parmi l'un des 50 privilégiés à découvrir ce film… ». Internet se prête particulièrement bien à cette méthode. Vous pouvez aussi travailler sur la confiance ou l’engagement.
  • Action : il faut enfin faciliter au maximum l’action (regarder un film). La bibliothèque doit s'organiser et travailler avec le fournisseur pour en faciliter le visionnage (inscription anticipée ou non, limiter le nombre d’accès avec le fournisseur...). De ce point de vue, le streaming semble plus adapté.

Jouons la complémentarité, plutôt que la concurrence !

Les DVD font encore venir les usagers dans nos bibliothèques. Quel intérêt pour les bibliothèques de proposer les mêmes films en DVD et en VOD, mis à part le fait d’éviter à l’usager de se déplacer ? Si c'est une véritable plus-value pour certains, d'autres continueront à préférer la convivialité du lieu.

De plus, si nous proposons les films à succès en ligne, l’ensemble des crédits alloués au service seront dépensés dans le visionnage d'un nombre de titres restreints. Où est alors le sens profond des bibliothèques qui, loin de la consommation, essaient de jouer la carte de l’ouverture et de la diversité  ? Par conséquent, les films très demandés ne devraient être proposés qu’en DVD ou dans le cadre "d'animations VOD" avec un nombre d'accès limités !

De toute façon, il est impossible de proposer la même offre en VOD qu'en DVD. Faute d'une licence globale, nous sommes obligés soit de limiter le nombre de visionnages par adhérent, soit de proposer un nombre de titres restreints. La solution d'une offre limitée, ponctuelle et renouvelée est une alternative. Elle permet de maîtriser son budget et de proposer des animations variées touchant les différents publics.


La VOD gratuite, l’avenir des bibliothèques 

Pour conclure, Internet est un lieu de partage, mais aussi
un territoire prolifique et créatif. Parmi toutes ces créations, la VOD gratuite et légale a une place de choix. Notre rôle de bibliothécaire, c'est aussi de sélectionner et de mettre en avant ces contenus créés par et pour le web, qui ne bénéficient d’aucune autre forme de diffusion. Ces ressources sont éparpillées sur la toile. Il ne s’agit pas de les intégrer dans nos catalogues, mais plutôt de permettre que se rencontrent les œuvres et les usagers-internautes. Même si elles ne sont pas pérennes, elles méritent tout de même tout notre intérêt !


Quelques sources... 


Et vous ! Qu'en pensez-vous ? Quel est votre avis sur cette question ? Avez-vous une expérience de la VOD en bibliothèque à nous faire partager ?

Aurélia

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